D’île en île de Sinaloa à Nayarit

Une journée particulière

Le 5 janvier à Sinaloa fut une journée particulière. Nous nous réveillons tranquillement. La plage où nous campons, à quelques kilomètres de Mazatlán, est magnifique : derrière nous les cocotiers, devant nous des dauphins en pleine chasse, accompagnés de pélicans surfeurs qui volent en formation, frôlant la crête des vagues. Nous rejoignons la route en traversant un resort. À l’entrée, les deux gardes qui nous ouvrent le portail nous demandent où nous allons. Ils ont l’air un peu inquiets. Ils nous expliquent qu’il y a des malandrinos qui arrêtent les voitures à l’aéroport (sur notre route), et qu’il faut faire très attention. Pas très rassurés, nous continuons notre chemin. Quelques mètres plus tard, un motard s’arrête à notre niveau et nous dit qu’il faut faire demi-tour, rentrer à Mazatlán et se mettre à l’abri. Il nous explique la situation, nous montre un nuage de fumée noir dans le ciel. C’est près de l’aéroport. Ils brûlent des voitures, et quand ils sont énervés comme ça, « ils tuent n’importe qui, peu importe que tu sois mexicain, japonais ou américain. Il y a des enfants de 10 ans qui portent des armes ». Pas hyper rassurés, nous faisons demi-tour. J’envoie un message pour prévenir les groupes WhatsApp de cyclistes locaux. Tout de suite, les référents locaux du Red de Apoyo a los Cicloviajeros (Réseau d’aide aux voyageurs à vélo, RAC) me contactent, pour me demander où nous sommes et nous guider jusqu’à un endroit sûr. Le ferry pour retourner à Mazatlán est fermé, comme tous les transports publics. Toutes les radios sont allumées et diffusent les messages du gouvernement, demandant aux habitants de l’état de Sinaloa de rester chez eux. Nous nous posons à un restaurant à Isla de la piedra, pour faire le point. Nous pensons que la plage où nous avons campé la veille est sûre, probablement plus sûre que la ville : pas d’accès par la route, pas d’habitations, aucune raison que des sicarios énervés viennent ici. Nous soumettons le plan au RAC, qui valide. Dans la soirée, pas hyper rassurés, nous voyons des hélicos de l’armée passer au dessus de nos têtes. Nous apprenons par WhatsApp qu’une brigade de l’armée est tombée dans une embuscade entre Villa Union et Escuinapa, à quelques kilomètres d’ici. Un militaire a été abattu. Nous finissons par nous endormir en serrant un peu les fesses. Bilan officiel de cette journée : 29 morts, des dizaines de blessés, 250 véhicules détruits.

Le lendemain, c’est le jour des rois, la guerre fait rage dans les boulangeries pour obtenir une rosca de reyes, équivalent local de la galette des rois, mais dans la rue tout est calme, revenu à la normal. Elisa se sent mal, nous retournons à Mazatlán. COVID. Nous sommes bloqués à l’hôtel pour une dizaine de jours.

Ya se van

Après quelques jours alités, nous pouvons enfin repartir. À peine sortis de Mazatlán, nous sommes déjà en pleine campagne. Les chemins ruraux sont plein de travailleurs, à pied, à vélo ou à moto, qui nous indiquent la route. Gros changement d’ambiance par rapport à la Baja California. C’est plutôt rassurant d’ailleurs, surtout après les événements de la semaine dernière. Je préfère être ici, entouré de gens bienveillants, que sur une route anonyme à forte circulation. Vendredi, fin d’après midi, c’est l’heure du retour des champs. Il y a une hiérarchie sociale des travailleurs agricoles selon leur moyen de transport. Les plus pauvres, principalement des femmes amérindiennes portant des jupes longues au couleurs très vives qui contrastent avec leurs longs cheveux noirs, sont transportés dans de vieux bus scolaires américains recyclés par les grandes entreprises agricoles. Les moins pauvres, généralement des hommes ou des couples métisses, se déplacent à vélo ou à moto.

La route au début n’est pas très belle, mais intéressante. Nous roulons d’abord le long de la plage sur un chemin de terre. À droite, l’océan sauvage et sa violence magnifique : le bruit puissant du ressac, les pélicans en chasse, les caracaras et urubus noirs qui scrutent l’horizon en attendant que s’échoue une carcasse de poisson, tortue ou dauphin. À gauche, une nature domptée, qui n’a plus rien de naturelle : les élevages de crevettes hors sol succèdent aux plantations de cocotiers et piments. Les cultures sont alignées, irriguées, optimisées.

Culture de piments et cocotiers.

Au village suivant les gens sont dans la rue. C’est samedi midi, ils passent un bon moment et nous saluent d’un air joyeux. « Hi ! » « Good Morning ! ». Nous comprendrons les jours suivant que tout le monde pense que nous sommes américains… Ce qui nous vexe un peu. Un homme à moto nous aborde. Il a travaillé en Californie plusieurs années et est content de nous voir pour pratiquer son anglais. Habituellement notre stratégie est de dire que nous ne parlons que français et espagnol, mais dans ce cas nous faisons une exception.

Nous avons un choix à faire : passer par la plage ou faire un long détour qui nous fera passer par l’autoroute et une grande ville. La plage n’est passable qu’à marée très basse et une fois engagés, il n’y a plus d’échappatoire pendant une vingtaine de kilomètres. Trois fois rien : sur la plage précédente, il nous a fallu un peu plus d’une heure pour couvrir la même distance. Allez, on y va ! Une piste de terre à travers les plantations de manguiers et les marécages nous emmène jusqu’à la côte. Un groupe d’hommes sortent de l’ombre d’un arbre en brandissant leurs machettes à notre passage… Pour nous saluer, rien de plus. La marée commence tout juste à descendre lorsque nous arrivons, nous espérons que dans une heure ou deux, nous pourrons passer. Déjeuner, petite sieste et c’est parti. Malheureusement, ça ne se passe pas tout à fait comme prévu. Un paramètre que nous n’avions pas pris en compte : le coefficient de marée. Nous sommes juste le jour de la nouvelle lune, l’écart entre marée haute et basse est très faible, et la plage est pentue. Très rapidement, nous nous retrouvons à pousser nos vélos. Nous espérons que la situation sera meilleure à marée basse. Mais non… Fatigués, nous arrivons à la tombée de la nuit à une route de terre bien propre, qui nous permettrait de contourner la plage. Malheureusement, cette route est privée et gardée. Impossible de passer. Il faut continuer. Au total, 20km de poussage de vélo dans le sable. La plage est certes déserte et magnifique, mais nous ne profitons pas vraiment. Physiquement, ce n’est pas facile. Moralement c’est très dur : le paysage ne change absolument pas, et nous avançons à 3-4km/h.

Arrivés de l’autre côté à Isla Del Bosque, soudain la plage devient très peuplée. C’est dimanche, les gens pêchent, mangent aux restaurant de plage et s’enfilent des litres et des litres de bière au bord de l’eau. Mais une fois la nuit tombée, le calme revient et nous avons la plage pour nous. Seul un petit chat affamé et pas timide nous tient compagnie, et nous partageons notre plat de riz nature avec lui.

Un copain pas timide et entreprenant.

D’île en île

Le lendemain matin, nous arrivons à Teacapan, où nous trouvons un pêcheur qui accepte de nous faire traverser l’estuaire. De l’autre côté, c’est l’état de Nayarit et l’Isla Del Otro Lado, beaucoup plus sauvage et parait-il infesté de moustiques. La plage est plate et ferme, parfaite pour rouler, et une armada d’oiseau marins nous escorte sur les premières centaines de mètres. Au bout d’une dizaine de kilomètres, les palapas du village de la Puntilla nous invitent à quitter le sable pour découvrir les chemins de terre. Le village semble désert, jusqu’à ce que les hauts-parleurs de la camionnette du boulanger se mettent à chanter. « Panadero se va… » Au Mexique les artisans et vendeurs ambulants annoncent leur passage en diffusant des messages musicaux enregistrés. Tout le monde sort alors acheter ses petits panes dulces. Le village est minuscule, ses habitants charmants. Nous ne sommes qu’à 10km du bourg de Teacapan et pourtant, nous nous sentons au bout du monde. Jusqu’à l’autre bout de l’île nous roulerons sur des petits chemins ombragés, qui se transformeront en route et nous amèneront le soir à Palmar de Cuautla, village de pêcheurs à l’autre extrémité de cette longue bande de terre plate entre marais et océan. Nous sommes habitués aux poules et aux chiens qui courent librement dans les rues mais c’est la première fois que nous voyons des cochons. Notre arrivée sur la Plaza centrale n’est pas vraiment incognito. Un tiers du village assiste à une messe en plein air, un autre tiers à un match de basket et les autres jouent aux cartes en buvant des bières. Un homme nous aborde immédiatement, en anglais. Nous sommes les bienvenus, personne ne nous dérangera ici et si nous avons besoin de quoique ce soit les habitants sont « a sus ordenes » (« à vos ordres », formule de politesse mexicaine).

Nous sommes restés 5 jours dans l’état de Nayarit, et ce genre de situation a été quotidienne. Dans chaque petit village, au moins une personne est partie travailler aux USA dans la cueillette de fruits, et est revenu après plusieurs années. Cueillir des fruits aux Etats Unis rapporte plus (18$/h) que n’importe quel travail ici. Mais ici, il y a les amis, la famille, la vie est meilleure, on se sent chez soi tout simplement. Partout donc, des gens parlant bien anglais nous abordent et nous demandent d’où nous venons aux USA, avant de nous raconter tous les endroits qu’ils ont visité là-bas, Las Vegas en tête. Qu’ils parlent anglais ou pas, les habitants de la région sont d’une générosité incroyable. Chaque jour on nous invite, on nous offre des cadeaux…

Nous passons cette nuit au restaurant de plage du village, où une tablée de poivrots aux yeux rouges vident des caisses entières de bières en marmonnant, sous le regard sévères des patronnes qui continuent pourtant à les servir. Comme par magie, notre table se couvre de ceviche, tostadas, salsa et crevettes. Nos bouteilles à peine vidées sont remplacées par des pleines. Et quand la nuit tombe vers 18h, les poivrots enfourchent leur chevaux, qui connaissent probablement la route pour rentrer chez eux. Un espace sous la palapa est balayé, des chaises et une lampe sont amenées, on nous donne la clé des toilettes et on nous laisse seuls pour la nuit avec le bruit des vagues.

Mexcaltitán

La prochaine traversée nous permet d’accéder au minuscule village-île de Mezcaltitán. Selon certains historiens, ce village serait la mythique Aztlan, d’où sont originaires les Aztèques. Une prophétie leur aurait demander de partir fonder une nouvelle ville « là où un aigle posé sur un cactus dévore un serpent », le même aigle que celui représenté aujourd’hui sur le drapeau mexicain. Une des particularités de Mezcaltitán, c’est qu’on n’y accède qu’en bateau et que ses rues se transforment en canaux pendant la saison des pluies. Un peu comme une version miniature de Tenochtitlan, l’ancienne capitale aztèque aujourd’hui devenue Mexico.

Culturellement, ce village est très important pour les mexicains. Encore une fois, à peine arrivés sur la plaza, les habitants nous abordent. Non, nous ne sommes pas américains mais français. « Désolé pour la coupe du monde, on était pour vous ». Très vite, le sujet de la politique est abordé. La plaza où nous sommes porte une plaque en hommage à l’actuel président mexicain, Angel Manuel Lopez Obrador. Dire qu’il est populaire ici est un euphémisme. Un homme nous avoue qu’il se sent très chanceux d’être né dans un pays avec une culture aussi riche que le Mexique, mais que jusqu’à présent tous les politiciens sans exception étaient des « voleurs corrompus ». « Merci à Dieu et au peuple de nous avoir donné Angel Manuel Lopez Obrador comme président. Jamais je n’aurais imaginé connaître dans ma vie un président aussi bon» nous dit-il. En résumé, si AMLO (son diminutif) bénéficie d’une telle opinion positive dans le pays, c’est parce qu’il mène une politique anti-corruption, démocratique (diminution des salaires des élus, mise en place d’un référendum de mi-mandat permettant au peuple de destituer le gouvernement), redistributive (création d’aides sociales pour les plus pauvres, les étudiants et les retraités, augmentation du salaire minimal) etc. C’est également un excellent communiquant, qui se présente tous les matins en conférence de presse pour faire face aux médias d’opposition.

Nous passons le reste de l’après midi à manger des empanadas de crevettes et du ceviche en observant les corneilles de Sinaloa se disputer des queues de poissons, bercés par le rythme lent des cumbias mexicaines, avant d’embarquer sur la dernière panga collective qui nous ramène sur la terre ferme. La lumière est rasante et de ce côté du marais, tout est cultivé. Un peu avant le coucher du soleil, nous nous présentons sur la plaza du dernier village pour demander un endroit où camper. Les gens discutent entre eux, et nous finissons chez Chely, qui a une chambre de libre dans sa maison. Comme ce n’est pas tous les jours qu’elle a des invités français, en plus de nous offrir un lit et une douche, Chely nous invite à partager le repas avec sa famille. Nous n’en demandions pas tant !

En el muelle de San Blas

Le lendemain, après quelques kilomètres à travers des champs qui laissent la place à la mangrove, nous arrivons à San Blas, port ancien d’où partaient les premiers colons de la Basse-Californie puis les bagnards des îles Tres Marias, le Cayenne mexicain. San Blas est réputé pour ses moustiques et ses crocodiles et on nous a déconseillé d’y camper. Nous nous installons donc à la Casa Del Pelicano, maison au patio verdoyant décorée sur le thème des oiseaux de la région. Les viejitos qui gèrent l’hôtel nous prennent sous leur aile. Le patron porte casquette et blouse de marin et du haut de ses 87 ans, il continue à aller au marché à vélo tous les matins pour acheter le poisson et les légumes qu’ils préparent ensuite en famille. Nous nous régalons des tacos de coryphène à la salsa verde maison!

Une des institutions de San Blas, c’est Juan Banana, petit café – épicerie fine réputée pour ses banana breads. Nous y rencontrons Juan, le patron, qui a fondé la maison il y a 50 ans. D’après nos calculs, Juan doit avoir entre 65 ans et 70 ans, mais il en paraît à peine 60. Ex-surfeur professionnel, il a fait des compétitions en France, voyagé partout en stop et est investi localement dans la protection de l’environnement. En sortant du café, nous sommes rattrapés par Skye, américain-mexicain et pur produit californien. Skye a beaucoup voyagé, il a passé quelques mois en France et notamment à Rennes. Il adore la Bretagne, où il a surfé, et veut pratiquer son français. Il nous invite chez lui, et nous passons le reste de l’après-midi à l’écouter parler smoothies, detox et yoga en partageant un peu d’herbe locale. Sa coloc massothérapeute rentre et nous avons tous droit à des massages gratuits. Puis arrive un autre ami surfeur, qui nous fait lui aussi l’éloge d’AMLO. Le soleil descend, c’est l’heure de rentrer.

Jungle Jack

En quittant San Blas, nous rencontrons enfin des crocodiles sauvages. Ces animaux potentiellement dangereux pour l’homme doivent être traités avec respect et distance, un peu comme les ours en Amérique du Nord. Nageant lentement dans l’eau boueuse de la lagune, entourés d’aigrettes blanches, disparaissant entièrement sous l’eau et réapparaissant un peu plus loin, ils sont effectivement assez inquiétants. Un tout petit s’aventure un peu trop près de la route. Il est tellement petit que je ne le remarque qu’au dernier moment, quand il s’enfuit à toute jambe pour éviter que je ne lui roule dessus… Frisson partagé !

La route quitte le marais et ondule à travers la jungle. Après environ 400km entièrement plats, nous apprécions de retrouver un peu de relief. Partout au bord de la route, des stands vendent des fruits aux formes inconnues déclinés sous toutes les formes : frais, séchés, confits, préparés de mille façons. Jaquier, caramboles et les plus classiques noix de coco, bananes et papayes nous régalent. Alors que nous nous apprêtons à camper au bord d’une rivière, l’agriculteur qui exploite la parcelle de l’autre côté vient à notre rencontre. Dans un anglais parfait, il nous propose de venir camper sur son terrain. Alors que nous installons la tente, il nous apporte du bois pour faire un feu, et nous offre des noix de coco et du jaquier, fruit à la texture rappelant la viande et au gout proche de la banane et de la mangue. L’endroit est paradisiaque. Viva Nayarit !

Cabalgata en Baja

Robinsonade

À Tijuana, Edgar nous avait prévenu : le désert est une expérience intérieure, presque spirituelle. Dans Robinson et les limbes du Pacifique, le personnage principal seul sur une île désapprend petit à petit les codes de la société pour atteindre un état d’éveil et de contemplation en parfaite harmonie avec son environnement. Cette traversée de la Basse-Californie nous a fait entrapercevoir toute la puissance mystique du désert : comme le Robinson Crusoé de Fournier, nous avons dans un premier temps souffert de la monotonie et tenté de nous raccrocher à notre civilisation. Pour nous cela passe par les arrêts wifi dans les restaurants routiers, qui nous permettent de communiquer avec nos lointains proches.

Les horaires et calendriers ne sont que des conventions sociales, qui n’ont plus de sens lorsque l’on est seul. Petit à petit nous avons commencé à perdre le compte des jours et des heures et à vivre uniquement au rythme du soleil. À tel point que nous nous sommes rendus compte seulement plusieurs jours après avoir changé d’Etat que nous avions également changé de fuseau horaire.

Lorsque nous traversons le bassin de Vizcaino, la route devient désespérément rectiligne et plate, à travers une végétation monotone. Quand le regard n’est plus stimulé, il se tourne vers l’intérieur. Dans ce genre de situation je m’enferme dans une sorte de bulle de méditation. Je ne pense à rien d’autre qu’à avancer à un rythme plutôt soutenu, qui me permet de me maintenir dans cet état. Chaque stimulation qui m’oblige à changer mon rythme ou à porter mon attention sur l’extérieur me fait sortir de ma bulle et me fatigue nerveusement. Une voiture qui passe un peu trop près, le vent de face qui ne me permet pas d’atteindre ma « vitesse de méditation » ou Elisa, beaucoup moins rapide que moi mais que je ne veux pas perdre de vue, ce qui m’oblige à m’arrêter trop souvent. À la longue je finis par exploser et je deviens insupportable. 40 jours dans le désert, quand on n’est pas Jésus, Mohammed, ou Bouddha, c’est long ! Nous avions déjà vécu cette situation dans le nord du Canada. J’aimerais aller au bout de cette expérience un jour, mais je crois que cela ne peut se faire que seul.

Heureusement, lorsque nous sortons des routes, notre attention est entièrement absorbée par notre environnement. La beauté des paysages, la faune et la flore qui nous entourent nous remplissent de joie. Si le bitume matérialise une barrière entre nous et la nature, ce n’est plus le cas sur une étroite piste de terre sans aucun traffic, où nous zigzaguons à travers les plantes. Les animaux, ne risquant pas de se faire tuer par une voiture lancée plein pot dans un bruit effrayant sont beaucoup moins craintifs, plus nombreux et nous laissent les admirer plus facilement. La difficulté de la progression nous oblige également à ralentir, à faire plus de pauses et nous vide complètement physiquement. La Baja Divide est une route particulièrement belle qui se mérite. Sur cet itinéraire, la magie du désert opère puissance mille. La beauté grandiose des journées solitaires laisse la place aux soirées et aux nuits époustouflantes. L’absence de Lune lors de notre traversée nous offre des ciels noirs remplis d’étoiles, qui succèdent à des couchers de soleil à tomber par terre. Si visuellement c’est une claque, les sensations sonores sont encore plus fortes. Quoi de plus intense que de dormir dans le silence total du désert ou bercé par le ronronnement du ressac du Pacifique, et d’être réveillé au petit matin par le bourdonnement des colibris plutôt que par le rugissement des camions ?

À Ciudad Constitucion, nous retrouvons Oscar, que nous avions croisé plusieurs mois plus tôt au Yukon. Avec son crâne entièrement rasé, son calme imperturbable et le bouquin de Matthieu Ricard sur la méditation qu’il nous offre, on croirait presque un moine bouddhiste en mission. Nous décidons de terminer la route ensemble jusqu’à La Paz, où nous prendrons le ferry pour le continent. Oscar, finisher d’Ironman, est beaucoup plus rapide que nous et fait de plus longues journées. Pour nous c’est un challenge d’essayer de le suivre. Dès le deuxième jour, nous sommes épuisés. Mais nous découvrons que dans la fatigue, nos corps s’habituent et trouvent leur rythme. Si nous ne sommes plus en mesure de passer une bosse en force, nous pouvons continuer à rouler à un rythme plus tranquille sans difficulté. Chaque soir, nous sommes épuisés et nous nous endormons profondément. Chaque matin et après chaque pause, nous sentons que nos corps commencent à récupérer. Expérience intéressante et complémentaire de celle de la solitude du désert, qui éveille mon intérêt pour un bikepacking plus sportif que je ne pensais pas fait pour moi.

Un peu d’histoire

La colonisation de la péninsule est récente. Les premiers colons espagnoles furent des missionnaires catholiques, arrivés à partir du 18e siècle, suivis par des éleveurs puis des investisseurs étrangers intéressés par les ressources naturelles : métaux et poisson notamment. Aujourd’hui, le pillage de la nature est toujours le moteur de l’économie locale. Mines, exportation de homards et poissons vers la Chine, tours en véhicules tout terrain dans des environnements fragiles, harcèlement des baleines qui viennent se reproduire en mer de Cortez pour des touristes qui veulent s’approcher suffisamment près pour les toucher…

Cette colonisation a commencé par le sud, puis s’est étendue petit à petit vers le nord. Si bien que plus nous avançons et plus l’architecture est ancienne et les villages et ranchs nombreux. Santa Rosalía, ville minière fondée par l’entreprise française du Boléo, se distingue par son architecture qui évoque la Louisiane ou les DOM-TOM et son église conçue par Eiffel. Les oasis de Mulegé et San Ignacio par leurs rues tortueuses et leur architecture baroque typiquement espagnole. Et les villes agricoles poussées comme des champignons lors des 50 dernières années déploient leurs larges rues quadrillées adaptées à la voiture de part et d’autre de la Ruta 1.

Cowboys

Sur les highways, les cowboys sont ces touristes au volant de leurs énormes camping-cars qui conduisent leur véhicule comme si c’était une arme. Lancés pleine balle, ils roulent comme s’ils étaient seuls sur la route et reprochent aux cyclistes de les mettre en danger. Ces fous sont terrifiés à l’idée de se faire braquer et exhibent tous leurs jouets à plusieurs centaines de milliers de dollars : énorme 4×4 tractant un encore plus gros camping car, auquel sont parfois attachés un bateau et un véhicule tout terrain. Comme leurs ancêtres à la conquête de l’ouest, ils se regroupent en caravane et envahissent les endroits qui leur plaisent, sans considération pour la nature des lieux. Après tout ils apportent de l’argent, alors ils peuvent bien se permettre de garer leurs énormes maisons de plastique et d’aluminium sur les plus belles plages, au ras des flots. N’avoir que trois pas à faire entre le frigo et les pieds dans l’eau, une certaine idée de la liberté. Heureusement certains relèvent le niveau, nous dépassent très respectueusement en nous faisant de grands signes amicaux, nous offrent de l’eau et même des bières. Nous avons même croisé des américains en Prius avec une tente… Espèce très rare à protéger !

Sur les pistes de terre et de sable, les cowboys sont d’authentique vaqueros, portant moustache, santiags et stetson. Perchés sur leurs chevaux, lasso à la main, ils parcourent l’immense territoire de leur ranch pour surveiller le bétail et protéger chèvres et vaches des coyotes. Si le vieux pickup Ford rouillé et grinçant a remplacé la charrette, leur uniforme comme leur métier ont très peu changé depuis que leurs ancêtres sont arrivés dans ce désert. Lors des grandes occasions, ils se réunissent pour une cabalgata, une chevauchée. Fiers et amicaux, ils s’arrêtent toujours pour discuter et nous inviter à camper sur leurs terres. Muy feo répondent-ils quand nous leur demandons comment est la route plus loin. Ils savent de quoi ils parlent : vissés à leur destrier, ils vivent au même rythme lent que nous sur nos vélos et font face aux mêmes obstacles, bien que leurs montures soient plus adaptées à cet environnement que les nôtres. Ces cowboys ci ont tout mon respect. Ils vivent une vie rude et austère mais leur bienveillance est infinie comme le désert.

Frontière

Après 2 semaines d’acclimatation dans l’état de Jalisco (bien nécessaires pour s’adapter aux conditions météo et surtout culturelles très différentes du Canada), nous démarrons véritablement notre traversée du Mexique à Tijuana, ville-frontière entre les USA et le Mexique où les cultures latines et nord-américaines s’entremêlent de part et d’autre du mur.

Si aujourd’hui la frontière passe entre Tijuana et San Diego, il n’en a pas toujours été ainsi. Les toponymes à consonance hispanique (San Diego, Los Angeles, San Francisco, Colorado… pour ne citer que les plus connus) côté américain ne trompent pas : jusqu’en 1848, le Mexique englobait une grande partie de l’ouest actuel des Etats-Unis, de la Californie au Texas et jusqu’au Wyoming au nord. Si ces états ont conservé une population et une culture d’origine hispanique depuis le milieu du 19e siècle, l’influence anglo-saxonne est bien présente également côté Mexicain. On la retrouve dans la façon de s’habiller (casquettes, vêtements amples, tatouages), de parler (le spanglish, mélange d’anglais et d’espagnol), de consommer (énormes pickup, tacos king size, bières light…). La proximité des USA se ressent partout, et marque la vie de toutes les personnes que nous avons rencontrées.

Make America Mexico again !

Le mur

Le monument le plus célèbre de Tijuana, c’est certainement le mur qui impose brutalement dans le paysage la frontière avec les Etats-Unis. Le mur s’arrête à la plage de Tijuana, où il plonge dans la mer. Cet endroit a une atmosphère presque magique. Le mur n’est pas continu : des vides y sont laissés, suffisamment étroits pour qu’un humain ne puissent passer, mais suffisamment grands pour de petits animaux. De l’autre côté du mur, c’est une zone naturelle préservée, une grande plage déserte seulement peuplée d’oiseaux. Pratique pour repérer les humains qui tenteraient de passer. Je regarde à travers le mur et la sensation est incroyable : voir cet endroit naturel et idyllique de l’autre, côté, à quelques mètres. Cette grande plage, le grondement des vagues et les pélicans qui surfent sur les rouleaux. Le soleil qui commence à descendre au dessus du Pacifique, la lumière parfaite d’une fin d’après-midi d’hiver. Et moi derrière ce mur, au milieu d’une foule de gens qui comme moi regardent de l’autre côté, et qui comme moi n’ont qu’une envie : passer de l’autre côté et être sur cette plage déserte, qui nous attire de façon presque magnétique.

Soudain, quelque chose entre dans mon champ de vision. Il y a un type qui court sur cette plage ! Il court vers San Diego, qu’on aperçoit au loin. Il court sans s’arrêter. Il enlève sa veste, son t-shirt sans s’arrêter de courir. À côté de moi se tient un homme en béquilles avec un ballon au pied, footballeur unijambiste. Il se tourne vers moi, le visage rayonnant comme si son équipe venait de gagner la coupe du monde.

« Il est passé ! Il est passé ! »

Un autre bonhomme arrive, un grand maigre à casquette de rappeur, t-shirt flottant et petite moustache de chicano. Le style typique de la région.

« Hey ! Hey ! Arrêtez de regarder de l’autre côté, vous allez attirer l’attention. Hey ! Laissez le vivre son destin ! »

« Tu dis n’importe quoi, il y a toujours des gens qui regardent de l’autre côté ! »

« Il est passé ! Il est passé !  Vous le voyez encore ? Il est loin ! C’est une patrouille qui arrive là-bas ? Vous croyez qu’il y va y arriver ? »

Le coureur n’est plus qu’un petit point à l’horizon, puis disparaît. Le footballeur unijambiste rejoint ses équipiers en courant sur ses béquilles. Les puestos continuent de servir des clamatos, des tejuinos et du maïs grillé, et les bandas jouent « la boda del Huitlacoche », le tube norteño du moment. Tout est en ordre : une journée comme une autre au pied du mur.

Checkpoints

Le premier soir, nous avons campé à environ 35km de Tijuana et environ autant de la frontière, au bord d’un lac. L’endroit était une sorte de parc au bord de l’eau, avec des barbecues et un bar à Clamatos, boisson très populaire dans le coin à base (entre autres) de jus de tomate, de bière et de bouillon de palourdes. Le gardien du parc nous dit qu’il fermera le portail à 20h et le rouvrira à 6h, mais qu’il n’y a pas de problème pour qu’on campe ici. Le coin est un des plus calmes où l’on ai campé depuis un moment. Beaucoup d’oiseaux, d’étoiles et un lever de soleil magnifique sur les collines couvertes de blocs de granit rond.

à première vue, un endroit idyllique pour camper…

Le matin, nous retournons au village faire quelques courses et petit déjeuner. Nous nous installons au soleil sur la place du village. Soudain, deux militaires en tenue de combat sortis de nulle part, le visage cagoulé, nous abordent. Ils nous posent les questions classiques : d’où on vient, où on va, « vous voyagez à vélos ?! », vérification des passeports, où on a dormi et où on pense dormir ce soir. Plutôt sympas, ils sont plus protecteurs que méfiants. Et puis soudain l’un d’eux nous dit :
« Vous feriez mieux de ne pas trop traîner ici, ce village peut être dangereux. Pour aller à Ensenada, traversez le terrain de foot, tournez à gauche et suivez la route de terre. Vous allez arriver à la route numéro 3. C’est tranquille jusqu’à Ensenada. Faites quand même attention aux camions. »

Sur ces mots, ils nous rendent nos passeports et s’éloignent. En les regardant partir, on se rend compte que toute une escouade de soldats et de policiers en armes ont débarqué sur le parking derrière nous et discutent au milieu de leurs voitures blindées. Ça ne nous donne pas envie de trainer. On range nos affaires, on suit le chemin qu’ils nous indiquent de loin en faisant de grands signes et on trace sans demander notre reste. La route de terre et de sable qui mène à Ensenada est fréquentée par de nombreux poids lourds. À chacun de leurs passages nous nous retrouvons dans un nuage jaunâtre avec une visibilité de quelques mètres, couverts d’une couche de poussière de plus en plus épaisse. Plus loin sur la route, nous croisons plusieurs patrouilles de soldats armés jusqu’aux dents dans des camions blindés. Encore plus loin, un checkpoint où des soldats nous saluent, barricadés derrière des sacs de sable au bord de la route, devant un mur peint en honneur aux « Heroes Del desierto ». Gros changement d’ambiance après Jalisco, où nous nous sentions presque comme revenus en Europe.

Vignoble

Le lendemain, nous sommes dans la vallée de Guadalupe entre Tijuana et Ensenada, en plein coeur du vignoble mexicain. Je savais pour le tequila, le pulque et le mezcal mais je n’avais jamais entendu parlé du vin mexicain ! Il faut dire que malgré sa qualité (paraît-il, on ne l’a pas goûté…), ses trop petits volumes de production ne lui permettent pas de s’exporter. Pour les riches gringos qui passent la frontière pour passer l’hiver au soleil, c’est un arrêt obligatoire. La région est donc riche, sûre et plutôt chère : minimum 50$ la nuit pour se loger. Pas de camping, et il est trop tard pour chercher un endroit où bivouaquer, d’autant plus que notre aventure de la veille nous a un peu refroidi. Alors en parlant aux gens, nous finissons par rencontrer une famille qui nous propose de monter notre tente dans leur cour.

Des paysages bucoliques de vignes et d’oliviers qui ont un prix.

La nuit tombée, alors que nous étions devant la maison à discuter avec nos hôtes, je remarque à voix haute que le patelin est vraiment calme. Sur ces mots, les langues se délient.

« Maintenant c’est calme, mais ça n’a pas toujours été le cas. Beaucoup de gens viennent de tout le Mexique pour travailler ici, dans l’agriculture. Beaucoup de gens de toute l’Amérique centrale aussi, qui veulent tenter leur chance aux US. La frontière n’est pas loin. Beaucoup de gens pauvres donc, dont certains de passage et vulnérables. On essaie de les aider comme on peut… Mais comment souvent dans ces situations, une petite criminalité s’installe et s’organise plus ou moins en petits gangs. Avant il ne fallait pas sortir la nuit, trop dangereux. Tu vois le coin d’ombre là-bas au bout de la rue ? Tu pouvais avoir quelqu’un caché là, prêt à t’attaquer si tu passais trop près. »

Vous vous souvenez peut-être qu’il y a quelques années, on entendait beaucoup parler d’assassinats dans le nord du Mexique. Je me souviens d’un article dans un magazine qui s’interrogeait sur la culture narco dans le pays. Le journaliste se demandait pourquoi les narcos étaient aussi populaires auprès de certains mexicains. Il y avait des chansons à leur gloire, certaines personnes se faisaient tatouer leurs visages…

Notre hôte reprend, parlant vite et d’une voix basse.

« Les contras sont venus et ils les ont tous massacrés. Ils ont tué 200 personnes !»

« Les contras ? C’est qui, l’armée ? La police ? »

« Non, les contras c’est la mafia. Ils ont tué deux cent personnes ! Maintenant les gens se tiennent à carreau ! »

J’avoue, j’ai pris une claque. La Baja California est réputée une des régions les plus sûres du Mexique. Les touristes affluent pour goûter le vin local et passer l’hiver au soleil. Tijuana est la capitale mexicaine de la bière artisanale et une banlieue en cours de gentrification de San Diego, où s’installent de plus en plus d’américains. Et en coulisses, bien à l’abri de la vue des gringos, 200 personnes ont été massacrées.

Justina

Justina, qui nous héberge chez elle dans un village près de la frontière, nous raconte qu’elle est passée de l’autre côté. Seule. Le risque de se faire repérer est proportionnel au nombre de personnes. Si une patrouille tombe sur un groupe, tout le monde part dans une direction différente et peut-être, s’ils sont chanceux, certains pourront passer. Justina raconte que la veille de son passage, une patrouille mexicaine l’a trouvée alors qu’elle campait seule dans le désert, dans la Sierra, sans tente et avec pour seuls bagages son petit sac à dos avec sa trousse de toilette, une vieille couverture et quelques vêtements de rechange. « Si vous ne me voyez pas demain matin, c’est que je suis passée de l’autre côté », leur a-t-elle lancé, fière et un peu arrogante. Le lendemain, Justina n’était plus là.

Elle est passé à San Diego et y a trouvé du travail. Elle qui ne parle pas anglais, elle est devenue caissière dans un supermarché. Et puis finalement, après quelques années, elle a repassé la frontière dans l’autre sens et est revenue s’installer en Basse-Californie, à quelques dizaines de kilomètres du mur. Aux Etats-Unis elle gagnait plus, c’est vrai. Mais elle n’était pas heureuse, elle n’était pas chez elle. Au village elle s’est mariée avec Pepe. Ils se sont mariés à cheval, en tenue de vaqueros. Pepe portait une chemise rouge, un gilet noir, son chapeau et ses santiags bien cirées. Sans oublier sa moustache et son foulard. Justina et Pepe ont fait la tournée des ranchs pour réunir suffisamment de chevaux. Leur mariage a duré deux jours entiers, tout le samedi et le dimanche, en plein air, et tous ceux qui passaient par là étaient les bienvenus. Ils ont tué un cochon grand comme la moitié de leur cuisine et ont pu nourrir tout le monde pendant ces deux jours de fête.

Aujourd’hui, Justina et Pepe ont une tienda au village. Ils se lèvent tous les jours de toutes les semaines, toute l’année, à 5h du matin et se couchent à 22h, après avoir nourri leurs locataires avant que ceux-ci ne partent travailler dans les vignes, puis à leur retour des champs. Entre temps ils ont géré la boutique, nourri les poules, les chiens et les chats. Et à l’occasion, les voyageurs de passage.

Carlos

Carlos nous aborde sur le parking d’un supermarché à Vicente Guerrero. Casquette, fine moustache, et vêtements larges : l’uniforme du chicano (américain d’origine mexicaine). Carlos est né au Mexique, mais a grandi dans le centre-ville de Los Angeles. Sa fille vit toujours là-bas mais lui a été renvoyé au Mexique où il n’a jamais vécu, pour avoir été un peu trop proche de certains gangs. Tout ce qu’il veut, c’est réunir assez d’argent pour retourner à Tijuana et rejoindre sa famille. Carlos parle parfaitement anglais. À cause de notre accent, il nous croit canadien. Non, on est français. Tout ce qu’il sait de la France, c’est que c’est loin et que notre équipe de foot est plutôt balèze : la coupe du monde vient de commencer et les Bleus ont remporté haut la main leur première victoire dans le tournoi la veille.

« Vous êtes venus de France en vélo ? »

On lui explique que non, on ne peut pas venir de France en vélo parce que c’est de l’autre côté de l’océan Atlantique. Il ne comprends pas.

« La France c’est de quel côté de la frontière ? »

On essaie de lui expliquer que nous ne sommes ni américains, ni mexicains et que notre pays n’est pas d’un côté ou de l’autre de la frontière, mais de l’autre côté de l’Atlantique, en Europe, un autre continent. Il a l’air encore plus perdu…

« Je comprends pas, vous êtes blancs mais vous n’êtes pas américains ? »

L’Europe lui évoque une autre frontière. Il nous demande si on habite près de l’Ukraine et de la Russie. Il ne sait pas vraiment où c’est, mais il en a entendu parler.

« Et entre la France et le Mexique, c’est comme entre l’Ukraine et la Russie ou on est amis ? ».
On est amis. Soudain tout s’éclaircit pour Carlos. Lui qui l’instant d’avant était dans la confusion la plus totale, nous racontait vouloir retourner aux Etats-Unis, son vrai pays, se fend d’un grand sourire et s’écrie :

« Super, alors bienvenus au Mexique et merci de visiter notre pays !»