De la femme blanche à la montagne des étoiles

La femme blanche et la montagne qui fume

Pour sortir de Mexico, nous avions prévu de passer par le Paso de Cortes, col mythique d’où sont arrivés les conquistadors et route historique entre Mexico, Puebla et le port de Veracruz d’où partaient les richesses du territoire vers l’Espagne. Au-delà de l’aspect historique, ce qui rend ce col mythique est sa position : à 3700m au dessus du niveau de la mer, coincé entre les volcans Iztaccihuatl (« la femme blanche » en nahuatl car on dirait le profil d’une femme endormie, 5230m d’altitude) et Popocatepetl (« la montagne qui fume », 5426m). Ce sont deux des plus hautes montagnes mexicaines. Don Goyo (surnom du Popocatepetl) étant en éruption permanente depuis les années 90, le cadre est prometteur : ce n’est pas tout les jours qu’on bivouaque à plus de 4000m avec vu sur un volcan en activité ! Malheureusement, quelques jours avant notre départ, l’activité du Popocatepetl s’intensifie fortement et la route est fermée. Alban, Heidi et Daniel, partis une semaine avant nous, sont passés de justesse. Pour nous, c’est trop tard. Nous avons vraiment envie de passer par là, alors nous décidons d’attendre encore un peu à Mexico pour voir comment la situation évolue. Les cendres du volcan diffusées dans le ciel s’ajoutent au smog permanent de la ville et masquent un peu plus le soleil, donnant à la lumière un aspect diffus et opaque très cinématographique. Les aéroports de Mexico et Puebla sont fermés pendant plusieurs jours et les autorités s’inquiètent d’une potentielle explosion du volcan qui pourrait avoir des conséquences graves pour les millions de personnes des agglomérations de Mexico et Puebla situées à proximité immédiate.

Après près de deux semaines d’attente à surveiller au moins une fois par jour les informations, la situation semble se stabiliser mais l’accès au Paso de Cortes reste fermé. Nous décidons de prendre le bus pour Puebla, pour éviter la sortie de Mexico et sa campagne dense où le bivouac improvisé risque de s’avérer compliqué. Pas envie de devoir demander l’hospitalité, nous saturons des humains et avons besoin d’être un peu seuls. Les quelques jours passés à Puebla nous regonflent. Nous retrouvons notre liberté et notre intimité, et cet environnement nouveau nous redonne le goût de la découverte. Etre dans une petite ville change la donne : nous retrouvons tout le confort de Mexico et même plus, accessible à pied. Quel bonheur d’avoir des petits restaurants de qualité et à bon prix à 5 minutes de notre chambre, d’avoir le choix entre 3 paleterias (glaces artisanales mexicaines), d’avoir une cuisine et une chambre juste pour nous… C’est la transition d’on nous avions besoin. Nous sommes maintenant près à repartir.

La femme à la jupe verte et la montagne des étoiles

Nous quittons donc Puebla en fin de matinée pour une première courte étape. Très vite je me rends compte qu’après deux mois et demi sans efforts physiques, Elisa n’a plus ni les jambes ni le mental. Je monte la pente douce (1 à 3%) qui nous amène en direction de la Malinche (autre volcan géant dominant Puebla, dont le nom nahuatl désignerait une déesse à la jupe verte) à une dizaine de km/h et me rends compte au bout d’un moment qu’elle est très loin derrière… Je l’attends et me mets dans sa roue : 7-8km/h. Ça va être long. Nous parvenons à atteindre la zone boisée en début d’après-midi. Un vieux monsieur à vélo s’arrête pour nous avertir qu’il va bientôt pleuvoir, et qu’on ferait mieux de trouver un abri parce que dans la forêt il n’y a rien. Il nous déconseille de monter trop haut, car la foudre peut tomber. Nous le quittons et installons notre bivouac dans la première clairière un peu à l’écart de la route que nous trouvons. La pluie mettra finalement une bonne heure avant de tomber, mais elle durera longtemps. Rien à voir avec les courtes averses orageuses que nous avons eu jusqu’à présent. Pas étonnant pour une montagne associée au culte de Tlaloc, le dieu de la pluie. Mais quel bonheur d’être là, sous la tente ! D’entendre les bruits de la nature, de camper cachés au milieu des arbres…

Notre stratégie pour les mois à venir est de nous lever tôt pour bien avancer avant la pluie, qui tombe toujours l’après-midi ou le soir. Nous mettons donc un réveil à 6h pour partir à 7h. Il fait froid : 9 degrés d’après mon compteur, mais avec l’air très humide le ressenti est plus proche de 5. Nous arrivons finalement à 9h au col, quand l’air commence à se réchauffer. On est bien dans les bois, pas envie de redescendre tout de suite. Nous sortons les hamacs, mettons la tente à sécher et nous installons, à écouter le silence, rompu par le seul chant des oiseaux. En fin de matinée nous décidons de reprendre la route. Longue descente vers Huamantla, tout le paysage à l’horizon est couvert de vert. Quel changement par rapport à la première partie de notre traversée du Mexique, où les paysages de l’altiplano, en dehors des forêts du Michoacan et de Mexico étaient uniformément jaunes et bruns poussiéreux, totalement secs. Je suis assez euphorique, nous traversons une plaine agricole par des chemins de terre roulants, nous avançons bien… Puis l’orage explose.

Le lendemain, nous choisissons de rouler sur la route pour gagner un peu de temps. Au début nous sommes sur de petites routes de campagnes très plaisantes et roulantes, puis nous arrivons sur une nationale. Camions, température qui commencent à s’élever, montées… Elisa souffre à nouveau. Un petit stand de quesadillas avec vue sur un lac dans un cratère de volcan nous permet de faire une pause à l’ombre. Il fait chaud, nous attendons les nuages pour repartir (ils arrivent généralement en milieu de journée), mais il est déjà plus de 14h et le ciel ne se couvre toujours pas. Tant pis, nous repartons. La pluie tombe juste au moment où nous faisons les courses pour le repas du soir, et ne dure pas. Bon timing cette fois-ci. Nous trouvons à nouveau un super spot de bivouac, avec vue sur le Citlaltépetl (ou Pico de Orizaba, plus haut sommet du Mexique à 5675m dont le nom nahuatl signifie montagne des étoiles car son sommet si haut et blanc brille dans le ciel comme une étoile) et sa voisine la Sierra Negra.

Le lendemain, c’est la descente vers Orizaba. Nous commençons par monter vers le Citlaltepetl. Nous retrouvons l’air de la montagne que nous respirions avant Mexico : frais et « pur ». Nous évoluons à près 3000m d’altitude, entourés par les maïs et colzas en fleurs… On pourrait se croire dans le Beaujolais ou le centre Bretagne tellement tout est vert. C’est samedi, nous croisons un pèlerinage qui monte au village de Loma Grande pour la fête patronale du sacré coeur de Jésus. Les pickups décorés, de toutes les gammes, du plus vieux et rouillé au plus neuf et cher, et les vieux bus affrétés pour l’occasion montent les pèlerins, pendant qu’un groupe les suit en marchant dans un grand bruit de pétards. Au village les attendent stands de nourriture et vieux manèges. La fête dure une semaine et en dehors du prétexte religieux, c’est visiblement l’occasion de s’amuser un bon coup.

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