Du Larzac à la Méditerranée à VTT

Fin mai 2021, nous sommes partis une petite semaine avec nos VTT de Millau à Béziers. Nous avons suivi la GTMC (Grande Traversée du Massif Central à VTT) de Millau à Villeneuvette, puis des petites routes et chemins pour rejoindre l’étang de Thau. Enfin, nous avons longé le canal du Midi jusqu’à Béziers. En tout, environ 265km et 2700m de dénivelé, avec des vélos chargés et à un rythme contemplatif à travers des paysages incroyablement variés.

Dimanche 16 mai, 18h. Nous arrivons à Millau sous la pluie, après 3h30 de route depuis Lyon. Les vélos sont dans le coffre, les sacoches de bikepacking déjà en place. Il ne nous reste qu’à monter la roue avant, ouvrir la trace gps sur nos téléphones pour retrouver le point de départ, et c’est parti. Nous roulons 1h sous une pluie fine et un ciel sombre, le temps de sortir de Millau et monter sur le causse du Larzac. Nous trouvons un spot de bivouac idéal, avec toilettes sèches à quelques dizaines de mètres. Le vent souffle et la pluie tombe, mais nous sommes tout excités à l’idée du départ le lendemain.

Lundi 17 mai. Au petit matin, il fait 6°C dans la tente. Avec le vent et l’humidité, nos quilts prévus pour une température confort de 4°C ne sont pas de trop et Elisa, très sensible au froid, a même dû remettre sa doudoune pendant la nuit. Avec le vent qui souffle les nuages, nous espérons naïvement une amélioration des conditions météo pour les jours à venir. Il faudra cependant attendre de redescendre dans la plaine pour retrouver des températures plus clémentes. Lors de nos 3 jours entre le Larzac et le Salagou, les températures maximales ressenties ont rarement dépassé 10-11°C, avec de la pluie et du vent. Les conditions sont un peu rudes à l’image du causse que nous traversons, pourtant fleuri à cette période de l’année, mais nous sommes heureux d’être là. Lors de cette première journée, nous avons croisé plus de chevreuils (2) que d’êtres humains (0) sur les chemins. Malgré les barrières et clôtures pour encadrer les troupeaux de moutons, nous avons l’impression d’avoir ces immenses espaces pour nous.

Mardi 18 mai. Encore une nuit fraîche. C’est seulement la troisième fois que nous utilisons notre nouvelle tente en silnylon, un matériau plus souple et léger que le polyuréthane de nos précédents abris. Ce matériau à la particularité de se détendre lorsqu’il est humide : il faut bien tendre la tente pour éviter qu’elle ne s’affaisse pendant la nuit, ce que nous n’avons pas bien fait. A notre réveil, le double toit touche la chambre intérieure. Par capillarité, la condensation goutte sur nous. On a connu des réveils plus agréables… Heureusement, la trace de la GTMC nous fait une première surprise gastronomique en nous faisant passer devant le GAEC des Traversiers, fromagerie bio. Nous faisons le plein d’une délicieuse tomme de brebis, au fondant incroyable pour la version jeune, et au goût légèrement piquant pour la version plus affinée. Petit déjeuner cétogène de luxe qui nous remet bien d’aplomb.

La Couvertoirade est le plus joli et préservé des villages que nous avons traversé sur le causse du Larzac. Comme tous les jolis villages préservés de France, son activité économique tourne principalement autour du tourisme et l’on y retrouve les même commerces très authentiques qu’à Salers, Pérouges, Paimpont ou Locronan : crêperies, glaciers et boutiques de lithothérapie. Nous sommes heureusement hors saison et les ruelles sont désertes : nous profitons d’avoir le village rien que pour nous pour y flaner un moment.

Sur le Larzac, la trace emprunte principalement des pistes et chemins et assez peu de routes bitumées. Même si le dénivelé est faible, le terrain alterne entre gros cailloux, argile bien humide à cette période et flaques parfois profondes, ralentissant notre progression. A chaque flaque d’eau, il faut contourner : l’eau est très trouble et on ne voit pas le fond. Un motard devant nous a pris un bain involontaire en tombant dans un trou au milieu d’une flaque, et vu le vent et les températures nous préférons éviter l’expérience. Avoir les pieds mouillés est déjà assez pénible, pas besoin d’en rajouter.

Après Le Caylard, nous descendons du causse, directions le massif de l’Escandorgue. Les paysages changent, le relief se creuse et les pentes se couvrent de forêts. La densité de population est toujours très faible, ce qui semble attirer des individus en quête de retraite spirituelle ou d’expériences communautaires, en témoigne la présence de deux communautés de l’Arche (inspirées par Gandhi et la non-violence), autrefois pionnières dans la lutte du Larzac; du temple bouddhiste de Lerab Ling, inauguré et béni par le Dalaï-Lama en personne; d’autres communautés, notamment religieuses, peut-être liées à l’histoire ancienne templière et hospitalière de la région.

Mercredi 19 mai. Nous sommes réveillés par les jeux d’ombre et de lumière du soleil filtrant à travers les branches. Le ciel est bleu, nous descendons direction le Salagou. Petit à petit, la forêt sombre laisse place à une ambiance plus méridionale, accentuée par la ruffe, cette terre rouge du Lodévois qui lui donne parfois des airs d’Afrique. Une longue montée sur une piste bien caillouteuse nous amène à un magnifique point de vue d’où nous dominons d’un côté les paysages rouges et verts du Lodévois, de l’autre les sombres montagnes coiffées d’éoliennes et tachetées du jaune des ajoncs en fleur. Nous descendons ensuite jusqu’au lac du Salagou, où nous essuyons notre dernière grosse averse de la semaine. Le secteur étant pas mal fréquenté à cette période de l’année, nous préférons passer la nuit au camping. Ce sera de plus l’occasion de recharger nos batteries, qui ne tiendront probablement pas jusqu’à la fin de la semaine. Surtout le drone, gros consommateur d’énergie. C’est la première fois que nous l’utilisons et nous ne maitrisons pas encore ses capacités et ses limites : nous refaisons plusieurs fois des plans en variant l’altitude, les mouvements de caméras, bref nous tatonnons et cela à un coût énergétique.

Jeudi 20 mai. Le camping a ses avantages : douches, toilettes, eau à volonté, électricité… Mais aussi ses inconvénients : voisins bruyants, cadre pas vraiment charmant de parking à camping car… Nous ne sommes pas réveillés la nuit par l’aboiement rauque d’un chevreuil, mais par une dispute ou un apéro un peu bruyant chez nos voisins. Nous n’avons pas le plaisir d’écouter les chants et bourdonnements des oiseaux et insectes diurnes petits à petit remplacés par ceux de leurs homologues nocturnes. Pas de tourterelles ni de coucous pour nous saluer au petit matin. A la place, les publicités à la télévison des voisins…

Les successions de montées et descentes sur des terrains rugueux et notre chargement assez lourd commencent à épuiser Elisa dont les jambes ne répondent plus. Heureusement il fait beau, aujourd’hui nous roulons très peu, nous profitons du lac pour faire une bonne sieste au bord de l’eau. A Clermont-l’Hérault, nous trouvons un magasin de producteur : c’est l’anniversaire d’Elisa, pas question de manger de la semoule. Au bivouac de ce soir il y aura de la coppa, du fromage, des olives, du bon pain…

Vendredi 21 mai. La nuit n’a pas été très bonne… Nous avons très mal choisi notre emplacement de bivouac : beaucoup trop près de la ville, nous avons passé la nuit à tendre l’oreille à chaque bruit humain. Nous avons en plus monté notre tente sous des pins, sur une ancienne parcelle de ronces fraichement défrichée : au sol, de nombreux débris végétaux, souches, épines de pins… Malgré nos précautions (utilisation d’une couverture de survie sous la tente en complément du footprint), je perce mon matelas. Non pas à cause d’une faille dans le blindage que nous avons mis en place (et qui a bien tenu), mais à cause d’une épine accrochée à mes vêtements que j’ai accidentellement fait entrer dans la tente… Le trou est minuscule, impossible de le retrouver pour le réparer. Heureusement, cette mésaventure arrive en fin de randonnée, avec des températures douces, car je vais passer les 3 nuits restantes à dormir quasiment sur le sol. Pour nous dégoûter un peu plus, moins d’1km après notre départ, nous trouvons des dizaines d’emplacements parfaits… Tant pis pour nous, on progresse en faisant des erreurs.

Nous roulons quelques km de plus sur la GTMC, mais la journée un peu raccourcie d’hier n’a pas suffit à Elisa pour bien récupérer. Nous préférons mettre un terme à la randonnée et rejoindre l’étang de Thau par des petites routes pour profiter de la mer les deux jours qu’il nous reste. Notre objectif était de toute façon d’aller jusqu’au Salagou, la suite de la trace étant (sur le papier en tout cas) moins attractive en terme de paysages, à travers une région un peu plus urbanisée.

Sur la route, nous faisons un petit détour par Villeneuvette. Cette ancienne manufacture royale, fondée à l’époque de Louis XIV, avait pour vocation de produire du textile en grande quantité, pour l’export et pour la fabrication d’uniformes militaires. L’usine est désaffectée depuis longtemps et ses magnfiques bâtiments sont désormais occupés par des ateliers d’artistes, gîtes et petits immeubles anciens de charme (comme diraient les annonces leboncoin). Sur le fronton de l’usine, une inscription “Honneur au travail” rappelle vaguement un certain slogan allemand des années 40.

Samedi 22 mai. Journée repos à l’étang de Thau. Nous avons posé notre tente au camping Lou Labech à Bouzigues, petit camping tranquille et familial loin du tourisme de masse qui est malheureusement la norme à certains endroits autour de l’étang. Nous sommes identifiés comme “les courageux qui voyagent à vélo même pas électrique” par nos voisins camping-caristes. Tout au long de notre randonnée, pratiquement à chaque rencontre on nous a demandé si nos vélos étaient motorisés. Presque à chaque fois, notre réponse négative a entrainé une réaction ébahie. A croire que tout le monde a déjà oublié qu’il n’y a pas si longtemps, tous les vélos étaient musculaires uniquement.

Nous profitons de cette parenthèse sédentaire pour rouler un peu sans les sacoches et explorer les chemins autour de Bouzigues et Mèze. Nous découvrons ainsi les installations des ostréiculteurs le long de l’étang, dans une atmosphère bricolage/récup’ entre Le temps des gitans et Mad Max. On s’attablerait bien autour d’une assiette d’huîtres, mais il est trop tard pour la dégustation, on n’a pas réservé, et puis de toute façon fin mai elles sont laiteuses. On discute un peu avec un restaurateur qui nous explique qu’avec la situation sanitaire il ne peut pas ouvrir, car dans son restaurant on s’échange les plats et les bouteilles entre les tables, on se tient chaud et on parle fort. Dommage, ça avait l’air sympa, on reviendra. On se consolera avec une excellente glace au lait de brebis sur le port de Bouzigues. Cet animal aura décidément fourni une part importante de notre apport calorique cette semaine.

Dimanche 23. Dernier jour de balade. Il nous faut rejoindre la gare de Béziers, où un train nous ramènera à Millau. De Bouzigues, nous empruntons la voie verte jusqu’à Sète, qui n’existait pas lors de notre dernier passage en 2019. Nous croisons de très nombreuses personnes à vélo et même si beaucoup d’entre eux sont électrifiés, cela nous semble une révolution dans cette région accro aux transports motorisés.

A Sète, nous faisons un détour par le quartier de la pointe courte. Même s’il est devenu assez touristique, cet ancien quartier de pêcheurs rendu célèbre par Agnès Varda conserve une atmosphère unique. Au milieu des cabanons qui semblent construits de bois flotté et de vieux filets reyclés, de gros chats patibulaires se disputent la souveraineté sur les eaux d’une flaque avec une tribu de goélands, pendant qu’un vieux matou borgne guette de l’oeil qu’il lui reste le retour d’un pêcheur et de sa précieuse cargaison.

Après une dégustation de tielles, nous reprenons la route le long du lido. Nous espérions longer l’étang par des petits chemins que nous avions trouvé sur OpenStreetMap, malheureusement ils semblent tous privatisés par le domaine Listel. Des panneaux “propriété privée, accès interdit” tous les 10 mètres et des barrières nous dissuadent d’explorer plus. Déçus, nous rentrons dans le rang et longeons la plage en empruntant la voie verte limitée à 10km/h entre le parking et la dune. Nous sommes finalement soulagés d’arriver au canal du midi et ses chemins de terre défoncés qui s’annoncent un peu plus ludiques. C’est le cas pendant quelques km, puis au fur et à mesure que nous approchons de Béziers, le chemin devient bitumé et la foule de promeneurs du dimanche est de plus en plus dense. D’un point de vue vélocipédique, cette dernière journée aura été globalement ennuyeuse. Béziers ne nous inspire pas spécialement l’envie de flâner et nous sommes contents d’arriver à la gare à l’heure pour l’unique train pour Millau. Nous sommes d’ailleurs très surpris d’être pratiquement seuls dans le wagon : le train dessert pourtant de nombreuses gares entre les deux villes, parfois au milieu de nulle part. Malgré le prix symbolique du billet (1€), la région Occitanie ne semble pas parvenir à remplir ce train, qui est pourtant une aubaine pour les voyageurs à vélo.

Nous revenons donc à Millau au terme d’une semaine magnifique, malgré une météo très variable. Aucun regrets, seulement des envies de recommencer, sur les autres tronçons de la GTMC ou ailleurs.

Pour voir notre liste de matériel pour cette balade : c’est ici.

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